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Christiane Bopp:
trombone, bouts de trombones et sourdines détounées, voix




extrait :

 

Christiane Bopp joue du trombone. Mais ce trombone (devrais-je plutôt écrire « ces » trombones tant « son » trombone sonne pluriel) n’est pas comme les autres. C’est un trombone qui, au centre, préférera toujours la périphérie. Pardon : les périphéries.

C’est un trombone où le grouillant a son mot à dire. C’est un trombone dialoguant avec son ombre (plan rapproché vs arrière plan, trombone avec sourdine vs trombone sans sourdine). C’est un trombone gratouillant le souffle ou ruisselant de brousse. On le découvrira chant médiéval (Ce qui brûle). Plus loin il deviendra ange aux pantoufles de vair. Il aura à cœur de se transformer, se voiler, se dévoiler, se teindre d’un rouge sang ou d’un gris sablé. Il aura à cœur de relier le salivaire à la douceur des chants de lune (Gitane). Il aura l’air libre et libéré. Donc : le sera.

Christiane Bopp : Noyau de lune
Fou Records
Edition : 2018
Luc Bouquet © Le son du grisli


Christiane Bopp Noyau de Lune. Fou Records FR CD 29.
Pochette pas encore visible sur le site car j'ai été très vite : il y a URGENCE !!
https://www.christianebopp.fr 

Excellente initiative de Jean Marc Foussat, preneur de son, improvisateur électronique et producteur de disque intrépide. Comme le répète souvent Joëlle Léandre, on n’entend pas assez souvent des musiciennes improvisatrices dans une scène majoritairement masculine. Mais cela s’améliore. Avec la tromboniste Christiane Bopp, la scène improvisée a gagné une musicienne très expérimentée et une véritable improvisatrice avec un sens de la forme dans l’instant le plus immédiat. Provenant du milieu des fanfares, CB a suivi les cursus du Conservatoire National Supérieur de Paris avec Premier Prix à la clé, appris la saqueboute (instrument ancien redoutable), est devenue enseignante au Conservatoire de Poitiers, a collaboré avec les meilleurs ensembles de musique ancienne (René Jacobs, Jean Tubéry, Gabriel Garrido, Centre de Musique Baroque de Versailles, Giardino Armonico, Akademia etc…) et des projets de Joëlle Léandre, Pifarely, Ducret etc… Ressentant le besoin de déconstruire et reconstruire, elle va plus  avant dans l’improvisation radicale. On l’entend avec Mat Maneri, JM Foussat, Capozzo, Maggie Nicols … Comme référence discographique indiscutable, je lui connais un duo NOVATEUR avec le clarinettiste Jean-Luc Petit, L’écorce et la salive (FOU FR-CD 19). Et le quartet Barbares avec Foussat, Makoto Sato et Petit sur le même label.
Noyau de Lune est focalisé, entre autres, sur la vocalisation, des intervalles en dents de scie, un travail fantastique sur la dynamique, une implication lyrique en phase avec ses idées instrumentales, la sculpture du son,  un côté un peu expressionniste, le mouvement rotatif de l’instrument face au micro, les multiphoniques, l’utilisation très intelligente des sourdines et un curieux doublage de son souffle en temps réel, le tout avec un contrôle supérieur de l’instrument. Elle joue aussi avec des morceaux de trombone et des sourdines détournées qu’elle percute et donne de le voix avec le tube de manière inédite. Si je peux me permettre de faire un parallèle, je pense à la personnalité d’Alan Tomlinson et parfois un peu Günter Christmann. Et donc Christiane Bopp, s’affirme comme une des plus grand.es artistes du trombone improvisé qui travaille le son avec une précision chirurgicale rare (ce qui n’est pas toujours le cas chez certains confrères). Comme cet instrument est un marqueur capital de l’improvisation libre européenne (non-idiomatique selon Derek Bailey) et que Christiane Bopp apporte une musique d’une qualité équivalente à celle des Rutherford, Christmann, Lewis, Schiaffini, Globokar, Mangelsdorff (en solo),  Malfatti, les Bauer, Yves Robert, Paul Hubweber, Mathias Muche etc… sa musique d’une grande qualité poétique, logique et sensible, est absolument indispensable à notre survie et à la bio-diversité de notre scène improvisée. Je dirais que l’invention de Rutherford est absolument inimitable et place ce musicien dans une catégorie particulière d’incomparable. Mais Christiane Bopp vient de graver un des albums-clés du trombone improvisé (solo) qui se taille une place à part face à ce qui a déjà été publié, question contenu et finesse.  Son expérience de saqueboutiste lui apporte une maîtrise peu commune : elle nuance le moindre son et est capable de jouer en sotto voce avec dynamique et énergie.  Comment introduit-elle la voix dans son jeu ? Magique ! Noyau de Lune est d’ores et déjà un enregistrement incontournable et apporte une musicalité créatrice aux côtés de références mythiques : The Gentle Harm of the Bourgeoisie (Paul Rutherford / Emanem) et Musik für Posaune und Kontrabass (Günter Christmann / C/S.). Il faut absolument la faire entendre hors des frontières de l’Hexagone de toute urgence pour édifier les masses.  Je n’entends jusqu’à présent peu de saxophonistes féminines qui émulent valablement les « mâles » de l’instrument, ma préférée étant la française Audrey Lauro. Mais question trombone, il y a Sarah Gail Brand, et surtout la magnificente Christiane Bopp.